souvenirs de 1914 (2)

Publié le par caporal Henri Furbault

suite des souvenirs de 1914

...

A 7heures du soir, un de mes hommes m’apprend qu’une femme a été arrêtée par la 5ème escouade et qu’elle se trouve au poste. Vu cet événement, nous nous doutons que c’est un expédient ennemi pour savoir si le village est occupé. Nous redoublons de vigilance. L’observation était d’autant plus difficile que la nuit était très sombre. Nous voyions à peine devant nous à quelques pas. J’avance au poste de la 5ème autant pour me renseigner que par curiosité : une femme vêtue en dame de la croix rouge était assise au milieu des hommes, elle répondait avec assurance aux questions qui lui étaient posées.
             Elle disait venir de Saint Mihiel, voulant se diriger sur Pont à Mousson ou Nomeny, que la situation était intolérable vers Saint Mihiel, qu’elle s’était égarée, n’avait vu des Allemands qu’à Conflans, avait marché pendant huit jours, se cachant le jour et reprenant sa course la nuit. Un peu avant son arrestation, elle avait vu des sentinelles Allemandes et c’est en s’enfuyant qu’elle était venue tomber dans nos fils de fer en appelant les Français à son secours. Voulant avoir plus de détails, je lui demandais si elle n’avait vu aucun village sur sa route. Elle me dit qu’elle n’en avait traversé qu’un seul et qu’elle n’avait pas vu un chat. Poussant plus loin mes questions, je m’informais si elle n’avait passé aucune rivière ou ligne de chemin de fer.
            - «  J’ai passé sur une petite rivière, me répondit-elle, sur un petit pont mais je n’ai vu aucune voie ferrée mais j’aurais pu en traverser sans m’en apercevoir.
            - Voyons Madame ! Lui dis-je, on ne traverse pas une ligne de chemin de fer sans s’en apercevoir. »
            Ma remarque a eu l’air de l’embarrasser et c’est en hésitant qu’elle m’a dit que, vu son état de fatigue et sa crainte, elle aurait bien pu ne pas remarquer autour d’elle, surtout la nuit. Je lui ai aussi fait observer, que, venant de Conflans, elle avait dû passer la Moselle et que là, elle aurait été arrêtée si non, elle aurait sûrement vu la largeur de la rivière car c’était plutôt une grande rivière. J’ai terminé là mon interrogatoire, elle paraissait fatiguée de mes questions et avait perdu de son assurance. Elle nous a raconté qu’à Saint Mihiel, les Allemands avaient, par deux fois, rançonné la ville et que, ne pouvant être payés, ils prenaient les mobiliers des officiers et sous officiers français et les expédiaient en Allemagne.
            Au bout d’une demi-heure environ, deux hommes et le caporal Baudelet l’ont emmenée au capitaine, qui l’a faite fouiller. Sur elle, on a trouvé de faux papiers, un rasoir, on a de plus remarqué que son linge était fraîchement repassé.
            Après un nouvel interrogatoire, elle a été conduite en arrière de nos lignes.
            Les sentinelles ont déclaré avoir entendu un bruit de pas ou de voix, peu de temps avant l’arrestation. J’ai su depuis, par Baudelet, que les Allemands s’étaient avancés avec elle au nombre d’une vingtaine. Ce sont eux qui l’ont dit après.
            La nuit s’est passée sans autre évènement. à suivre

Publié dans guerre de 14

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