souvenirs de 1914 (9)
Camp de Merseburg
Nous arrivâmes donc vers 11heures du soir à Merseburg et nous fûmes immédiatement dirigés vers le camp, situé à environ 1 km. Le public nous regardait avec curiosité mais avec calme. Vu l’heure tardive, il était peu nombreux. Après avoir franchi plusieurs clôtures de fil de fer barbelé, nous arrivâmes à nos compagnies respectives.
Nous fûmes, mes camarades et moi, affectés à la 2ème compagnie.
Les baraques étaient prêtes et nous nous couchâmes, heureux de nous reposer.
Le camp de Merseburg est en un pays de plaine. Les environs sont cultivés. Un étang, masqué par un repli de terrain et des arbres, se trouve à environ 300 mètres à l’ouest. Plusieurs lignes de chemin de fer passent à l’est, ainsi que deux routes, bien entretenues. Quelques mines de charbon se trouvent dans les environs.
L’aspect du camp, vu de l’extérieur, est celui d’une grande basse-cour. Tout est clôturé de fils de fer barbelés. Chaque compagnie, comprenant six baraques, en est, ainsi que l’ensemble du camp, clos par plusieurs rangs. Venant de Meschelde, mon impression a été de le comparer à l’allusion faite ci-dessus. Cela m’a rappelé le château de Lussaudière où, étant gamin, j’allais admirer la volaille qui est représentée ici, par des soldats Français, Russes, Anglais et quelques civils. Les riches plumages étant remplacés par les nuances multicolores des uniformes. L’espace vide entre les baraques est la basse cour et ces derniers, les toits.
L’organisation intérieure est sensiblement la même qu’à Meschede. La nourriture, moins abondante, est meilleure : du jus, tous les trois jours, de la soupe, des pâtes, des pommes de terre, du hareng, des saucisses etc. …
Nous avons rassemblement chaque jour à 9h. Le capitaine nous passe une revue minutieuse et sérieuse. La discipline nous paraît plus dure qu’à Meschede, mais, au bout de quelques jours, elle s’est atténuée et il parait que nous sommes dans l’une des meilleures compagnies. La moindre des punitions est de trois jours d’arrêt sévère. Mais personne n’est puni à la 2ème compagnie. A d’autres, la 1ère par exemple, les punis sont attachés à un poteau pendant 2heures le matin et 2heures le soir à l’intérieur des baraques. Nous ne devons pas fumer dans les baraquements. L’autorisation nous en est donnée 1heure le matin et une heure le soir au dehors. Malgré cette interdiction, nous fumons quand même. Le premier qui voit venir les gardiens crie « 22 ! » et chacun cache ou sa pipe, ou sa cigarette.
A Merseburg, nous avons une cantine, mais on ne peut y aller qu’à des horaires déterminés. Nous ne pouvons pas sortir de la compagnie sans être accompagnés. Il nous est moins facile qu’à Meschede de voir nos camarades des autres compagnies. Mais, le Français, n’est jamais pris et des passages secrets sont vite faits dans les clôtures. Ils nous permettent de nous rendre dans toutes les compagnies. Nous nous donnons ainsi rendez-vous à la messe, pour ceux qui y vont, aux mandats ou aux colis. Là, j’ai rencontré mes anciens copains : Baudelet, Guerry de l’Auboinière et d’autres, faits prisonniers le 13 décembre et arrivant du camp de Darmstad. Nous avons passé d’heureux moments ensemble, nous étions curieux de nous informer des différentes péripéties arrivées à chacun.
Le camp est surveillé, de l’extérieur par des postes d’observation situés en position dominante. Des sentinelles circulent, empêchant le « public » d’approcher trop près. Des canons et des mitrailleuses nous menacent si nous ne sommes pas sages. Aussi, tout le monde se tient tranquille, quoique, de temps en temps, il nous arrive de blaguer et tourner en ridicule ce « public » qui vient nous voir. Le camp est un des principaux attraits des flâneurs et flâneuses. Tous les jours, nombre de personnes viennent nous voir. Nous admirons les toilettes et le port gracieux des grosses dondons que sont les Allemandes. Des professeurs amènent même leurs élèves, musique et drapeaux en tête. Ils leur font probablement une leçon sur le soldat français et une morale sur la discipline. Voyant ces gamins jouer, si sérieusement, aux soldats, nous en concluons qu’ils doivent venir au monde avec un casque sur la tête. C’est notre principal passe temps de nous moquer de ces curieux. Certains ont des gestes d’amabilité, d’autres nous regardent plutôt bêtement. Ils sont à vingt ou trente mètres de nous. Pour mieux nous voir, quelques uns prennent des jumelles. Il est vrai que ça fait un peu ménagerie. C’est curieux de voir groupés tous les alliés, toutes armes confondues.
-« Allemands, profitez-en pour vous instruire, plus tard, vous saurez ce que nous sommes et ce que nous valons. »
Nous avions été envoyés à Merseburg pour aller travailler. De temps en temps, des détachements partaient, soi-disant pour travailler dans des fermes, mais, en réalité, c’était pour aller dans des mines à ciel ouvert ou dans des usines d’explosifs.
Le courrier nous arrivait difficilement et les colis, dès le début, s’entassaient sans être distribués. Sur notre réclamation, ils le furent par la suite tous les jours et nous arrivâmes à les toucher assez régulièrement.
A Merseburg, il y avait des cantines où ceux qui avaient de l’argent pouvaient aller se ravitailler. La croix rouge envoyait, de temps en temps, des vivres, des effets et des jeux. Les vêtements et provisions étaient distribués à ceux qui ne recevaient rien, surtout à ceux des contrées envahies.
Je trouvais le temps encore plus long dans ce camp qu’à Meschede et, c’est sans regret que je l’ai quitté pour le camp de Hameln, le 27 mai à 5 heures du matin.
Les autres carnets, s'ils existent, n'ont pas été retrouvés à ce jour.
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