souvenirs de 1914 (3)
Le lendemain matin, les Allemands ont bombardé Hemainville, sans grand résultat.
Le soir, au moment de la relève, la demi section venant nous remplacer a été vue par l’ennemi de Cheminot et quand nous avons remonté à nos nouveaux emplacements, l’ennemi a tiré sur nous plusieurs obus. Deux sont tombés à peu de distance : trois ou quatre mètres, sans nous faire de mal.
Le samedi 12, les Allemands ont continué à bombarder Hemainville. La 6ème escouade avait, la nuit précédente pris la garde dans les jardins, à droite du village. Rien d’anormal. La 5ème avait été désignée pour prendre Xon mais, vu leur fatigue, les hommes demandèrent d’alterner et la 7ème se mit en place. Le service fut donc remis à la nuit suivante et nous, la 6ème nous restâmes en réserve à Lesmenil.
Pendant la nuit du 11 au 12, les Allemands ont déclaré qu’un de leurs adjudants avait, avec quelques hommes, fait la reconnaissance de tous nos petits postes et emplacements de nos sentinelles. Cette reconnaissance n’a été signalée par personne et explique la rapidité de l’attaque de la nuit suivante.
La nuit du 12 au 13 s’est passée sans incident jusqu’à environ 4 heures du matin. Le service de surveillance était le même que précédemment. Une escouade, la 5ème surveillait le poste de téléphone sur la côte de Xon, la 11ème était à la ferme à Norroy, la 10ème au secteur du cimetière, les 9 et 12ème étaient, cette nuit là, chargées de placer des piquets, fils de fer et creuser des tranchées. La section entière était sous le commandement du lieutenant Béliveau. Les petits postes étaient : une demi section à la ferme de Norroy et l’autre à la cure. Les sous-officiers étaient l’adjudant Colardier, les sergents Tessier, Marchabier et Jamin. Le reste de la compagnie était réparti dans les villages de Lesmenil et Hémainville.
La 1ère escouade, avec le Capitaine Dedud et le sergent Parpailland était de service au poste de douane, route de Cheminot, la 2ème sur la route de Morville, la 7ème dans la tranchée à droite d’Hemainville, face à Cheminot et la 8ème à Hemainville sur la route de Pont à Mousson. Les 3ème, 4ème et 6ème escouades étaient en réserve avec le lieutenant Détain et le capitaine Chardon à Lesmenil.
Afin de bien comprendre l’attaque que je me propose de détailler, il faut connaître le terrain et l’emplacement de l’ennemi ; ce que je vais essayer de décrire.
J’ai dit plus haut que les trois villages de Hemainville, Lesménils et Norroy formaient un groupement dénommé Xon. Les extrémités des trois villages réunies par des lignes droites formeraient un triangle rectangle. La ligne Hemainville – Lesmenil en serait la base sud-ouest nord-ouest et Norroy le sommet nord-ouest. Hemainville et Norroy sont situés sur une croupe et Lesménils dans une cuvette. A l’ouest d’Hemainville est la côte de Xon et au sud, le bois de Facq, occupé par nous. Au nord de Norroy se trouve Bouxière, occupé par l’ennemi et en avant, de petits bois de sapins, ligne de surveillance des Allemands. Le versant nord-ouest de Norroy est couvert de jardins et vergers. En bas, nous avions établi une ligne de 1ère résistance faite de tranchées et réseaux de fil de fer. Nous y travaillions la nuit et les Allemands pouvaient bien entendre les coups de maillets pour enfoncer les piquets. Une des escouades travaillait pendant que l’autre veillait. Cette façon de procéder avait certainement été remarquée par l’ennemi. De ses postes d’observation, il pouvait facilement voir le travail fait pendant la nuit et en suivre la marche, surtout en ce qui concerne les réseaux de fil de fer. Nos officiers avaient même fait travailler de jour, et nous n’étions qu’à quelques centaines de mètres de l’ennemi. Il est vrai que nous étions un peu masqués par les arbres mais insuffisamment. De plus, nous étions forcément éloignés de nos fusils et, la nuit, il nous fallait un certain temps pour nous mettre en défense. C’est d’ailleurs, avec la courte distance qui nous séparait de l’ennemi, l’une des raisons de la réussite de l’attaque que je vais décrire. à suivre
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